#22 Coll. , « Masquer le monde »

{English version below}

Note : 4 sur 5.

À la veille du premier anniversaire du confinement dans les pays d’Europe occidentale, nous restons aux prises avec le SRAS-CoV2. Quelques mois après, que pouvons-nous retenir de cette crise ? Comment s’est-elle créée ? C’est ce à quoi des anthropologues ont tenté de répondre. Lecture sans anxiété et sans théorie du complot.

Le livre « Masquer le monde. Pensées d’anthropologues sur la pandémie » m’a été envoyé lors de la dernière action Masse Critique de Babelio par les éditions L’Harmattan academia. C’est un ouvrage collaboratif reprenant 6 articles scientifiques de 6 anthropologues différents : Julie Hermesse, Frédéric Laugrand, Pierre-Joseph Laurent, Jacinthe Mazzocchetti, Olivier Servais et Anne-Marie Vuillemenot. Tous sont professeurs au sein de l’UClouvain, l’une des grandes universités belges, et membres du Laboratoire d’Anthropologie Prospective.

Comme expliqué plus haut, le livre est composé de 6 articles scientifiques. Que cela veut-il dire ? Le plus simplement possible : en sciences sociales, parler d’articles scientifiques, c’est parler de travaux se basant sur des sources fiables, étudiant un phénomène d’un point de vue d’une certaine approche et/ou d’une certaine théorie. Comme vous l’aurez compris, ces résultats ne sont pas comme en sciences nomologiques (ce qu’on appelle des sciences dures), des résultats qui ne peuvent pas être remis en question. En effet, bien que des expériences puissent être réalisées, elles sont toujours lues en fonction d’un certain point de vue, d’une certaine théorie. Finalement, si vous prenez en compte un autre échantillon ou une autre approche, il se pourrait que vos résultats changent. Il n’en reste pas moins que vos résultats ne seront valables que s’ils sont obtenus avec une certaine rigueur scientifique.

Au début de « Masquer le monde », une chronologie nous est proposée afin de mieux nous rappeler le dérouler des différents événements de la crise covid-19. Sans analyser cela, elle nous permet de nous situer, et de prendre conscience de ces éléments que nous avions suivis à l’époque sans vraiment s’y attarder. Elle permet la remise en contexte d’une crise qui nous a touché de plein fouet. C’est un outil qui était indispensable, selon moi, pour nous recentrer sur le sujet tout en prenant de la distance avec les débats stériles qui enflent à la télévision et sur les réseaux sociaux.

Le premier chapitre porte sur le questionnement de l’évolution du rapport de l’humain à l’animal en cette période de pandémie. Il questionne, en particulier, les croyances autour des chauves-souris comme vecteurs de maladie, et nous présente des populations vivant à leur contact. Il émet ainsi des hypothèses sur le lien entre biodiversité et virus. Le deuxième chapitre est, je pense, plus compliqué à lire pour des non-initiés. Il nous parle du traitement médiatique de la crise qui la grossit et qui nourrit la peur de chacun. Il postule qu’elle a créé une fracture dans l’ordre social du monde. Finalement, la crise est plus que sanitaire, elle est également économique, politique et sociale, car elle proviendrait des vulnérabilités que possédaient déjà nos sociétés.

Le troisième chapitre analyse notre comportement ainsi que celui des Etats concernant le port du masque comme culture mondiale. L’article questionne comment il est rapidement devenu l’emblème de la pandémie et l’objet d’une nouvelle culture proxémique. Cette crise a permis aux Etats de reprendre leur rôle à défaut d’avoir une direction planétaire. Il postule donc qu’il existe aujourd’hui un nouvel espace de rencontre, l’inter-facialité. Le quatrième chapitre pose la question de l’évolution de l’espace et du temps durant la pandémie. L’auteur remarque que ce qui était de l’incivilité hier est aujourd’hui de la civilité. Avec le télétravail, par exemple, on y voit une frontière poreuse entre sphère privé et sphère professionnelle. Ce qui a des répercussions sur le temps et l’espace.

Les deux derniers chapitres sont les plus forts émotionnellement. L’un nous parle de notre rapport à la mort dans les pays occidentaux où nous avons la technologie pour déjouer ses plans. Il questionne sur les répercussions à long terme de ces funérailles qui sont réglementées pour des robots, ne permettant pas de faire un deuil correct. L’autre nous parle de la relativité des vies. Ce sont ces personnes qui, selon l’auteur, sont considérées comme moins humains que les autres durant cette crise : les migrants, les personnes âgées et les personnes atteintes de handicap.

Ce livre est bien écrit et accessible dans son ensemble. Les différents chapitres nous proposent des pistes pour le futur sans donner une réponse finale. En effet, il est difficile à l’heure actuelle d’avoir des solutions concrètes et universelles. Comme les auteurs le rappellent, ce n’est qu’à la fin de la crise que l’on pourra l’analyser et la comprendre dans sa globalité. Un point positif dans ce type d’ouvrages, ce sont les sources. Si vous désirez aller plus loin ou vérifier ce qui a été dit, libre à vous de lire les notes bibliographiques.

« Masquer le monde » est plutôt court, 179 pages. Il est très enrichissant. En effet, il permet à tout lecteur de se poser des questions et de s’intéresser à cette crise sans qu’on « l’oblige » à être d’accord avec ce qui est écrit. Il permet une vue d’ensemble du point de vue de l’humain, et un essai de compréhension concernant la manière dont nous en sommes arrivés là.

Le seul point négatif que je vois dans ce livre est que bien qu’il soit accessible au grand public, il n’y a pas de réelle vulgarisation scientifique à certains moments pour qu’une personne ne lisant pas ce type d’ouvrage soit assez à l’aise.

Si vous voulez réfléchir au monde demain, prenez un thé et découvrez « Masquer le monde »!

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On the eve of the first anniversary of containment in Western European countries, we are still struggling with SARS-CoV2. A few months later, what can we learn from this crisis? How was it created? This is what anthropologists have tried to answer. It is a reading without anxiety and without conspiracy theories.


The book « Masquer le monde. Pensées d’anthropologues sur la pandémie » was sent to me during the last action Masse Critique from Babelio by L’Harmattan academia. It is a collaborative essay containing 6 scientific articles by 6 different anthropologists: Julie Hermesse, Frédéric Laugrand, Pierre-Joseph Laurent, Jacinthe Mazzocchetti, Olivier Servais and Anne-Marie Vuillemenot. All of them are professors at the UClouvain, one of the major Belgian universities, and members of the Laboratory of Prospective Anthropology.


As explained above the book is composed of 6 scientific articles. What does this mean? In the simplest possible terms: in the social sciences, to speak of scientific articles is to speak of work based on reliable sources, studying a phenomenon from the point of view of a certain approach and/or a certain theory. As you will have understood, these results are not, as in the nomological sciences (the so-called hard sciences), results that cannot be questioned. Indeed, although experiments can be carried out, they are always read according to a certain point of view, a certain theory. Finally, if you take a different sample or approach, your results may change. Nevertheless, your results will only be valid if they are obtained with a certain scientific rigour.

At the beginning of « Masquer le monde », a chronology is provided to help us remember the different events of the covid-19 crisis. Without analysing this, it allows us to situate ourselves, and to become aware of those elements that we had followed at the time without really dwelling on them. It allows us to put into context a crisis that hit us hard. It’s a tool that was indispensable, in my opinion, to refocus on the subject while distancing ourselves from the sterile debates that swell on television and social networks.


The first chapter deals with the questioning of the evolution of the relationship between humans and animals in this period of risk of transmission. It questions, in particular, the beliefs surrounding bats as vectors of disease, and introduces us to populations living in contact with them. He thus puts forward hypotheses on the link between biodiversity and viruses. The second chapter is, I think, the most complicated to read for the uninitiated. It tells us about the media’s treatment of the crisis, which makes it worse and feeds everyone’s fears. It postulates that it has created a fracture in the social order of the world. Finally, the crisis is more than health, it is also economic, political and social because it stems from the vulnerabilities that our societies already had.


The third chapter analyses our behaviour and that of States regarding the wearing of the mask as a global culture. The article questions how the mask quickly became the emblem of the pandemic and the object of a new proxemics culture. This crisis has allowed states to resume their role, if not to have a global leadership. It therefore postulates that today there is a new space of encounter, interfaciality. The fourth chapter poses the question of the evolution of space and time during the pandemic. The author notes that what was incivility yesterday is civility today. With telework, for example, there is a porous boundary between the private and professional spheres. This has repercussions on time and space.


The last two chapters are the emotionally strongest. One tells us about our relationship to death in Western countries where we have the technology to thwart its plans. He questions the long term repercussions of these funerals which are set up for robots, not allowing a correct mourning. The other talks about the relativity of lives. It is these people who, according to the author, are considered less human than others during this crisis: migrants, the elderly and people with disabilities.

It is a well-written and accessible book as a whole. The different chapters offer us leads for the future without giving a final answer. Indeed, it is difficult at present to have concrete and universal solutions. As the authors remind us, it is only at the end of the crisis that we will be able to analyse and understand it in its entirety. A positive point in this type of work is the sources. If you wish to go further or verify what has been said, feel free to read the bibliographical notes.


« Masquer le monde » is rather short, 179 pages. It is very enriching. Indeed, it allows any reader to ask questions and to take an interest in this crisis without being « forced » to agree with what is written. It provides an overview and a test of understanding of how we got to this point.

The only negative point I see in this book is that it may be accessible to the general public, but that there is no real popularisation of science at certain times so that a person who does not read this type of work is comfortable enough.

If you want to think about the world tomorrow, have a cup of tea and discover « Masquer le monde »!

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