#8 Caleb Carr, « L’aliéniste/ The alienist »

{English version below}

Note : 4 sur 5.

New York, fin du XIXème siècle, le meurtre macabre d’un jeune garçon vient d’être découvert. Vous avez vu la série sur Netflix et vous aimeriez lire le livre ? Ou bien avez-vous lu le livre et aimeriez-vous voir la série ? Dans cet avis, tant le livre que son adaptation seront abordés.

« L’aliéniste » se déroule dans la ville de New York à la fin du XIXème siècle, après que l’affaire Jack l’Eventreur ait frappé Londres. Le corps mutilé d’un jeune garçon, dont les yeux sont manquants, est retrouvé. Il s’avère être un immigré italien se prostituant dans un bar sordide de la ville. Laszlo Keizler, l’aliéniste (psychiatre du XIXème siècle), y voit une similarité avec une autre affaire et lance son ami illustrateur, John Moore, à la découverte de la scène de crime. Ayant eu l’accord de leur ami de longue date, le préfet de police Theodore Roosevelt, ils vont tenter de résoudre cette affaire grâce à de nouvelles techniques, le relevé d’empreintes digitales et le profilage.

Le Livre

Le livre est paru en 1994 et, a reçu en 1996 le Grand prix de littérature policière et le Prix Mystère de la critique. La narration de ce policier/ thriller est à la première personne du singulier. Nous suivons de cette manière l’enquête et les aventures de l’aliéniste par les yeux de John Moore.

Il n’est pas inintéressant de faire le parallèle entre « Les aventures de Sherlock Holmes » d’Arthur Conan Doyle. Le Dr Watson, acolyte de Sherlock Holmes, décrit les aventures du détective tout comme le fait John Moore avec Laszlo Keizler. Ce dernier personnage ressemble étrangement à Holmes dans sa manière d’être. En effet, il est très intelligent et possède un don aigu de l’analyse. Il semble tout aussi hautain, touchant et introverti (dans le sens où il n’a que très peu d’amis et ne se mélange pas avec le monde). Je trouve fascinante la ressemblance entre ces deux personnages. Là où l’on aurait pu s’attendre à une pâle imitation, Caleb Carr arrive à tirer son épingle du jeu, et à inscrire son œuvre dans la lignée de Conan Doyle.

« L’aliéniste » est un livre d’ambiance. En situant le récit à la suite de l’affaire Jack l’Eventreur qui aura marqué tant les policiers, les médias que Keizler lui-même, Caleb Carr nous plonge dans une atmosphère anxieuse dont l’ombre de ce meurtrier plane également outre Atlantique. Le livre nous plonge dans une histoire riche en rebondissements qui réfutent toutes les hypothèses que le lecteur peut se faire. Il est bien ficelé et jusqu’à la fin, nous sommes tenus en haleine.

Caleb Carr possède une très belle plume qui permet de créer cette ambiance sombre au travers de descriptions. Néanmoins, certaines descriptions, essentiellement au tout début et à la fin, ne servent pas réellement à alimenter l’histoire et sont très longues. Il peut ainsi être difficile d’entrer directement dans l’histoire. Cependant, son originalité réside dans sa manière de plonger le lecteur dans le XIXème siècle où l’utilisation de méthodes actuelles d’investigations sont vues comme non-scientifiques, voire non-recevables devant un tribunal. Pourtant, le relevé d’empreintes digitales ainsi que le profilage vont permettre de meilleurs résultats plus précis que ceux de la police. L’aide d’une des premières femmes (secrétaire) à travailler au sein de la police se révélera également être un atout et une touche de modernité dans ce monde masculin.

Les personnages sont tous très intéressants, non seulement du point de vue de leur passé mais également de leur présent. Ils sont bien travaillés et représentent toute la complexité des êtres humains. Je pense notamment à Stevie, Cyrus et Mary. Laszlo Keizler est mon personnage préféré. Il est à la fois touchant et ses petites notes d’humour à quelques occasions font oublier le personnage énervant qu’il peut être lorsqu’il mène les opérations. Les frères Isaacson sont aussi très touchants et très drôles. Sara Howard est également un personnage important. Elle est cette femme qui arrive à se faire accepter dans ce monde d’hommes grâce à son adoption des codes masculins. Son père l’ayant élevée, elle se montre la plupart du temps moins émotive que certains personnages et plus courageuse. Son intelligence, sa détermination et la force de son caractère arrivera même à étonner et faire plier l’inflexible Dr Keizler. Malheureusement, dans l’ensemble, elle semble plus ressemblante à un PNJ (Personnage non-joueur) qui vient faire avancer la quête sans réellement en faire partie.

La série par rapport au livre

Ce fut une agréable surprise ! Je n’avais pas de grandes attentes quant à cette production, et pourtant, ce fut l’une des meilleures adaptations de livre que j’ai pu voir. Les décors et les costumes sont magnifiques. On retrouve bien cette ambiance sombre comme dans le livre. Cette série nous met face à cette ville où bourgeoisie et misère se côtoient, et où il est important que les immigrés (pauvres) restent de leur côté. Les acteurs possèdent un bon jeu qui nous immerge en quelques secondes dans ce New York de la fin du XIXème siècle. Au niveau du casting :

  • Daniel Brühl : Laszlo Keizler
  • Luke Evans : John Moore
  • Dakota Fanning : Sara Howard
  • Brian Geraghty : Theodore Roosevelt
  • Et tant d’autres…

L’histoire est fidèle au livre bien que la production prenne certaines libertés qui ne gâchent en rien l’histoire. Elles nous permettent d’ailleurs de voir certains points de vue que John Moore, dans le livre, n’aurait pas pu voir. Elle se concentre plus sur le personnage de l’aliéniste. J’émets néanmoins deux réserves sur deux personnages qui me tiennent à cœur, à savoir Laszlo Keizler et Sara Howard.

Keizler, bien que bien joué, ne présente aucune scène où il fait longuement part de ses connaissances et de son analyse. Il semble plus être un manager d’équipe qui a besoin de s’entourer d’experts qu’un docteur réputé se remettant rarement en question. Il est également présenté comme froid et dépressif alors que dans le livre, il est impassible mais possède de l’humour. J’ai été déçue des scènes écrites pour Daniel Brühl, ressemblant plus à enquêteur qu’à un Sherlock Holmes.

Sara Howard est présentée comme une femme ayant toujours besoin de mettre en avant sa condition féminine au lieu de montrer son intelligence et sa force de caractère. Elle est montrée comme émotive et chétive voulant jouer au dur pour travailler avec des hommes… La série est complètement passée sur le fait que Sara est une secrétaire et qu’elle rêve de devenir policière. Elle pense qu’en montrant son savoir-faire, elle pourrait obtenir ce post. Alors que presque PNJ dans le livre, le personnage est mis en avant, non pas pour démontrer ses talents, mais s’opposer continuellement aux autres personnages pour rappeler sa féminité. Lutte féminine qui passe bien à l’écran si on oublie le personnage du livre qui brille par son intelligence, sa détermination et sa force, et non par son statut de femme.

Le format « série » est un format pertinent pour l’adaptation d’un livre de presque 600 pages comme « L’aliéniste ». Il permet de rendre compte de l’histoire sans omettre de détails importants et sans réécrire presque totalement l’histoire. Cette série est à voir autant par ceux qui n’ont pas lu le livre que pour les fans.

D’après Allociné, la saison deux, « Angel of Darkness », devrait être produite et diffusée cette année aux Etats-Unis. Provenant du livre sorti en 1997 faisant suite à « L’aliéniste », elle continuera les aventures du trio principal: Keizler, Moore et Holmes.

Alors, préférez-vous le livre ou la série?

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[ENG]

New York, late 19th century, the macabre murder of a young boy has just been discovered. You’ve seen the show on Netflix and would like to read the book? Or have you read the book and would like to see the show? In this review, both the book and its adaptation will be discussed.

The Alienist takes place in New York City at the end of the 19th century, after the Jack the Ripper affair hit London. The mutilated body of a young boy, whose eyes are missing, is found. He turns out to be an Italian immigrant prostitute in one of the city’s squalid bar. Laszlo Keizler, the alienist (19th century psychiatrist), sees a similarity with another case and launches his illustrator friend, John Moore, to discover the crime scene. With the approval of their long-time friend, Police Commissioner Theodore Roosevelt, they will try to solve the case using new techniques, fingerprinting and profiling.

The Book

The book was published in 1994 and, in 1996, received the Grand Prix de littérature policière and the Prix Mystère de la critique. The narration of this detective/thriller is in the first person singular. In this way, we follow the investigation and the adventures of the alienist through the eyes of John Moore.

It is not uninteresting to draw a parallel between Arthur Conan Doyle’s « The Adventures of Sherlock Holmes ». Dr. Watson, Sherlock Holmes’ sidekick, describes the detective’s adventures just as John Moore does with Laszlo Keizler. The latter character strangely resembles Holmes in his way of being. Indeed, he is very intelligent and has a sharp analytical mind. He seems equally haughty, touching and introverted (in the sense that he has very few friends and doesn’t mix with the world). I find the resemblance between these two characters fascinating. Where one might have expected a pale imitation, Caleb Carr manages to make a good impression and to inscribe his work in the line of Conan Doyle.

« The Alienist » is a ambience book. By situating the story in the aftermath of the Jack the Ripper affair, which left its mark on the police, the media and Keizler himself, Caleb Carr plunges us into an anxious atmosphere in which the shadow of this murderer also hangs over the Atlantic. The book plunges us into a story rich in twists and turns that refute all the hypotheses that the reader can make. It is well crafted and to the end, we are kept on tenterhooks.

Caleb Carr has a beautiful pen that creates this atmosphere through descriptions. Nevertheless, some descriptions, mainly at the very beginning and at the end, are useless and very long. It can therefore be difficult to go straight into the story. However, its originality lies in the way it plunges the reader into the 19th century, where the use of current methods of investigation are seen as non-scientific, or even inadmissible in a court of law. However, fingerprinting and profiling will provide better and more accurate results than those of the police. The help of one of the first women (secretary) to work in the police will also be an asset and a modern touch in this male world.

The characters are all very interesting not only from the point of view of their past but also from the point of view of their present. They are well crafted and represent all the complexity of human beings. I’m thinking of Stevie, Cyrus and Mary, for example. Laszlo Keizler is my favourite character. He is touching and his little notes of humour on a few occasions makes you forget what an annoying character he can be when he’s running things. The Isaacson brothers are also very touching and very funny. Sara Howard is also an important character. She is the woman who manages to be accepted in this world of men thanks to her adoption of male codes. Her father having raised her, she is most of the time less emotional than some characters and more courageous. Her intelligence and strength of character will even manage to astonish and bend the inflexible Dr. Keizler. Unfortunately, on the whole, she seems more like an NPC (non-player character) who comes to advance the quest without really being part of it.

The series versus the book

It was a pleasant surprise! I didn’t have high expectations for this production, and yet it was one of the best book adaptations I’ve ever seen. The sets and costumes are beautiful. The dark atmosphere is just like in the book. This series brings us face to face with this city where bourgeoisie and misery rub shoulders, and where it is important that (poor) immigrants stay on their side. The actors have a good acting which immerses us in a few seconds in this New York of the end of the 19th century. As far as the casting is concerned:

  • Daniel Brühl: Laszlo Keizler
  • Luke Evans: John Moore
  • Dakota Fanning: Sara Howard
  • Brian Geraghty: Theodore Roosevelt
  • And so many others…

The story is faithful to the book even if the production takes certain liberties that do not change the story in any way. It also allows us to see certain points of view that John Moore, in the book, could not have seen. It focuses more on the character of the alienist. Nevertheless, I keep two reserves about two characters that are close to my heart, namely Laszlo Keizler and Sara Howard.

Keizler, although well played, doesn’t present any scenes where he shares his knowledge and analysis at length. He seems more like a team manager who needs to surround himself with experts than a renowned doctor who rarely questions himself. He is also portrayed as cold and depressed, whereas in the book he is impassive but has a sense of humour. I was disappointed by the scenes written for Daniel Brühl, looking more like an investigator than a Sherlock Holmes.

Sara Howard is presented as a woman who always needs to put forward her feminine condition instead of showing her intelligence and strength of character. She is shown as emotional and weak-willed, wanting to play hard to work with men… The show forget completely about the fact that Sara is a secretary and she dreams of becoming a policewoman. She thinks if she shows her skills, she can get this job. While almost an NPC in the book, the character is put forward, not to demonstrate her talents, but to continually oppose the other characters to show her woman condition. A woman struggle that goes well on the screen if we forget the character in the book who shines by her intelligence, determination and strength, and not by her status as a woman.

The « series » format is a relevant format for the adaptation of a book of almost 600 pages like « The Alienist ». It makes it possible to tell the story without forget important details and without almost completely rewriting the story. This series is to be seen as much by those who have not read the book as for the fans.

According to Allociné, season two, « Angel of Darkness », should be produced and broadcast this year in the United States. Coming from the book released in 1997 following  » The alienist « , it will continue the adventures of the trio: Keizler, Moore and Howard.

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