#3 Virginie Girot, « Les femmes et le sexe dans la Rome Antique » (Women and Sex in Ancient Rome)

{English version below}

Note : 5 sur 5.

Virginie Girot questionne la représentation de la femme dans la Rome Antique ainsi que sa place dans la société romaine du Haut-Empire. Par ce questionnement, la masculinité et la virilité sont également analysées. Bien que de premier abord, certaines conceptions de cette époque semblent archaïques, nous pouvons remarquer que la plupart des croyances font encore écho aujourd’hui.

En ce jour international de la femme, une profusion de littératures concernant la femme peut être proposée. Néanmoins, mon choix s’est tourné vers un livre que je n’ai jamais vu en recommandation et qui pourtant est très intéressant pour la réflexion sur ce qu’est la féminité et comment elle est définie. « Les femmes et le sexe dans la Rome Antique » de Virginie Girot porte sur ces questions dans une civilisation dans laquelle s’inscrit nos sociétés occidentales actuelles.

Ce livre est un travail historique et non, un roman littéraire. Cela veut dire qu’il s’appuie sur une recherche et des sources tangibles. Cependant, j’ai vu énormément de critiques portant sur le fait que certaines affirmations restaient dans le domaine de l’hypothétique. C’est bien cela la différence entre un roman et un travail historique, énormément d’écrits romains ont été perdus comme par exemple, les mémoires d’Agrippine ou de Cicéron (comme expliqué lors de la première critique). La recherche se fait en s’appuyant sur des écrits d’historiens de l’époque ou de poètes, sur la numismatique (les pièces de monnaie), sur les épigrammes, … Il est donc difficile par moment d’avoir la certitude d’un fait et Virginie Girot exprime cela très clairement.

L’écriture est simple et fluide. Elle permet la compréhension tant pour les grands adeptes de la Rome Antique que les novices. Si vous avez dû mal habituellement avec les manuels d’histoire, ce livre est fait pour vous ! En effet, il se lit tout aussi aisément qu’un roman ou une nouvelle.

Concernant le contenu, Virginie Girot relève que dans la Rome Antique du Haut-Empire, les femmes sont catégorisées en deux groupes : les prostituées d’une part et les matrones d’autre part. Les premières se caractérisent comme étant des femmes disponibles pour le désir masculin et connaissant l’art érotique. Les secondes sont caractérisées comme étant de bonnes épouses, de bonnes mères de familles ayant des relations sexuelles vouées uniquement à la reproduction. On voit donc bien en quoi la sexualité définit le genre. C’est ce qui différencie également un homme d’une femme. En effet, l’homme, c’est celui qui est viril et donc, celui qui a la force et le pouvoir. Cette virilité lui vient de son sexe lui donnant le pouvoir de pénétrer et donc, de dominer. La femme, quant à elle est pénétrée ce qui fait d’elle une soumise. On peut d’ailleurs comprendre dans ce contexte qu’un homme est réduit au rang de femme lorsqu’il est lui-même pénétré. Le livre entre dans les détails des croyances concernant les pratiques sexuelles acceptables et non acceptables mais aussi des relations amoureuses ou sexuelles avec différentes catégories de la population de Rome tels que les esclaves, les gladiateurs, les acteurs, les eunuques, … Elle présente également les aspects contraignants à cette définition des genres par la sexualité. Par exemple, un homme impuissant était très mal vu car son rôle était de dominer mais également de procréer.

Une fois ce constat posé, elle interroge tout ce qui constitue la féminité dans son ensemble, c’est-à-dire la question de la beauté féminine physique et les croyances s’y rapportant. Dès leur naissance, le corps des filles est façonné pour correspondre aux stéréotypes physiques féminins. Néanmoins, si une femme ne parvenait pas à cette beauté fantasmée, elle faisait usage de maquillage et de perruques. On peut aisément faire le parallèle avec notre époque. Bien que les mœurs commencent à changer, ce qui nous est constamment présenté dans les différents médias (télévision, réseaux sociaux, …) sont des femmes stéréotypant la féminité en la poussant à l’extrême par l’utilisation de chirurgie esthétique, de contouring, de perruque, … Cette image de la femme parfaite, bien que perdant du souffle grâce aux mouvements de body positive, reste encore le modèle féminin dominant auquel s’identifient les jeunes filles, tel Kim Kardashian ou certains personnages de téléréalité.  

Virginie Girot nous parle également des prohibitions tels que l’inceste et la bigamie. Cependant, l’infidélité masculine reste, comme à l’heure actuelle, mieux vue que l’infidélité féminine. Contrairement à aujourd’hui, il existait des sanctions juridiques à de tels actes.

Pour finir, l’époque du Haut-Empire julio-claudien est importante car elle laisse une lueur d’émancipation féminine. Sous Auguste le ius trium libertorum donnait aux femmes ayant plus de 3 enfants le droit de s’émanciper de leur tuteur légal (père, frère, autre) et ce, à des fins d’augmenter la natalité. Cependant, on voit apparaître durant cette époque de grandes figures s’imposant au niveau du pouvoir impériale. Ce sont des femmes accédant au pouvoir en tant que mère d’empereur comme Agrippine La jeune ou comme femme d’Empereur comme Livie, Messaline ou encore Poppée. Je vous propose de rester sur les derniers mots de conclusion de Virginie Girot : « Le Haut-Empire a connu une courte période qu’on pourrait qualifier, de manière anachronique, d’émancipation féminine, mais cette émancipation ne toucha finalement qu’un petit pourcentage de femmes. Cette émancipation naquit accidentellement et mourut prématurément ».

A méditer :

Les julio-claudiens se sont étendus de 27 ACN jusqu’en 68 PCN. Cette forme d’émancipation s’est donc étendue sur 95 ans. Cependant, aujourd’hui, les droits des femmes ont été acquis à la sortie de la deuxième guerre mondiale et par la suite via les mouvements féministes, donc sur une période de 75 ans. Actuellement, de plus en plus de revendications font surface contre les droits bafoués des femmes. Sommes-nous face à une émancipation mise en péril, ou bien grâce à la mondialisation, les inégalités sont-elles plus facilement pointées du doigt permettant à long terme une émancipation totale du genre féminin ?

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ENG:

Virginie Girot questions the representation of women in Ancient Rome as well as their place in the Roman society of the High Empire. Through this questioning, masculinity and virility are also analysed. Although at first glance some of the conceptions of this period seem archaic, we can notice that most of the beliefs still echo today.

In this International Women’s Day, a profusion of literature concerning women can be offered. Nevertheless, my choice turned to a book that I have never seen in recommendation and which is nevertheless very interesting for the reflection on what femininity is and how it is defined. Virginie Girot’s « Les femmes et le sexe dans la Rome Antique » (Women and Sex in Ancient Rome) deals with these issues in a civilization in which our current western societies are embedded.

This book is a historical work, not a literary novel. This means that it is based on research and tangible sources. However, I have seen a great deal of criticism that some of the statements remain in the realm of the hypothetical. This is the difference between a novel and a historical work, a lot of Roman writings have been lost, for example, the memoirs of Agrippina or Cicero (as explained in the first criticism). The research is based on the writings of historians of the time or poets, on numismatics (coins), epigrams, … It is therefore difficult at times to be certain of a fact and Virginie Girot expresses this very clearly.

The writing is simple and fluid. It allows comprehension for both the great followers of Ancient Rome and the novices. If you have had a hard time with history textbooks, this book is for you! Indeed, it reads just as easily as a novel or short story.

Regarding the content, Virginie Girot notes that in Ancient Rome of the High Empire, women are categorized into two groups: prostitutes on the one hand and matrons on the other. The former are characterized as women available for male desire and knowing erotic art. The latter are characterized as good wives, good mothers of families with sexual relations devoted solely to reproduction. So we can see how sexuality defines gender. It is also what differentiates a man from a woman. Indeed, a man is the one who is virile and therefore the one who has strength and power. This virility comes from his sex giving him the power to penetrate and therefore, to dominate. As for the woman, she is penetrated which makes her a submissive. One can understand in this context that a man is reduced to the rank of woman when he himself is penetrated. The book goes into the details of the beliefs about acceptable and unacceptable sexual practices but also about love or sexual relations with different categories of the population of Rome such as slaves, gladiators, actors, eunuchs, … It also presents the constraining aspects to this definition of gender through sexuality. For example, an impotent man was frowned upon because his role was to dominate but also to procreate.

Once this observation is made, she questions everything that constitutes femininity as a whole, i.e. the question of physical feminine beauty and related beliefs. From the moment they are born, girls’ bodies are shaped to correspond to female physical stereotypes. Nevertheless, if a woman could not achieve this fantasized beauty, she would use make-up and wigs. We can easily draw a parallel with our times. Although morals are starting to change, what we are constantly presented in the different media (television, social networks, …) are women stereotyping femininity by pushing it to the extreme through the use of cosmetic surgery, contouring, wigs, … This image of the perfect woman, although losing breath through positive body movements, still remains the dominant female model that young girls identify with, such as Kim Kardashian or some reality TV characters. 

Virginie Girot also tells us about prohibitions such as incest and bigamy. However, male infidelity remains, as it is today, better viewed than female infidelity. Unlike today, there were legal sanctions for such acts.

Finally, the period of the Julio-Claudian High Empire is important because it left a glimmer of female emancipation. Under Augustus the ius trium libertorum gave women with more than 3 children the right to emancipate themselves from their legal guardian (father, brother, other) in order to increase the birth rate.

However, during this period, great figures were emerging who were imposing themselves on the level of imperial power. They were women who came to power as the mother of an emperor like Agrippina the Younger or as the wife of an emperor like Livia, Messalina or Poppea. I propose that you stick to Virginie Girot’s last concluding words: « The High Empire had a short period that could be described, anachronistically, as female emancipation, but this emancipation finally affected only a small percentage of women. This emancipation was born accidentally and died prematurely.

To meditate:

The Julio-Claudians spread from 27 ACN to 68 PCN. This form of emancipation thus extended over 95 years. However, today, women’s rights were acquired at the end of the Second World War and subsequently through the feminist movements, thus over a period of 75 years. Today, more and more demands are surfacing against the violated rights of women. Are we facing a threatened emancipation, or, thanks to globalisation, are inequalities more easily pointed out, allowing in the long term a total emancipation of the female gender?

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